Recrutement IT à mi-2026 : le rebond a eu lieu, mais pas comme on l'attendait
Janvier 2026, les baromètres disaient tous la même chose.
La crise IT de 2025 allait s'essouffler. Les embauches devaient repartir.
La pénurie de talents allait s'aggraver.
Cinq mois plus tard, où en est-on vraiment ?
Le rebond est bien là.
Mais quand on regarde les chiffres dans le détail, ce n'est pas un retour au marché de 2022.
C'est un autre marché. Plus sélectif. Plus polarisé.
Et probablement plus durable dans cette forme nouvelle.
1. Les embauches IT repartent, mais à un rythme mesuré
L'Apec confirme dans ses dernières prévisions ce que les baromètres annonçaient en début d'année.
Pour 2026, l'association anticipe 305 800 recrutements de cadres tous secteurs confondus, soit une progression de 4 % par rapport à 2025.
C'est le premier exercice depuis trois ans à repasser au-dessus des 300 000 embauches.
Sur l'IT spécifiquement, c'est encore plus net.
Le secteur informatique et télécoms devrait absorber 60 100 recrutements de cadres en 2026, soit +5 % sur un an.
Les cadres informaticiens restent le profil le plus recherché par les entreprises du secteur privé, avec 61 160 postes à pourvoir, en progression de 4 %.
Fed IT, dans son baromètre annuel 2026, donne un chiffre complémentaire.
42 % des entreprises du secteur IT & Tech déclarent prévoir des recrutements en CDI en 2026.
Une entreprise sur deux.
Le marché n'est pas euphorique, mais il n'est plus en attente.
Ce qu'on voit côté Zenith RH confirme cette mesure.
Le rythme des briefs clients reçus depuis le début de l'année 2026 s'est nettement accéléré par rapport au creux de 2025, mais la signature reste sélective.
Les entreprises se remettent à recruter, sans se précipiter.
2. ...mais la pénurie ne se distribue pas équitablement
C'est là que les chiffres macro deviennent trompeurs.
Quand on creuse, la reprise concerne très précisément trois familles de métiers.
D'abord la cybersécurité.
Selon l'observatoire Numeum/PAC, 47 % des recruteurs IT citent la cybersécurité comme compétence prioritaire pour 2026.
Les profils ingénieurs sécurité, RSSI, experts conformité (NIS2, DORA, Zero Trust) sont attendus par toutes les directions.
Les rémunérations confirment la tension : un expert cybersécurité confirmé touche désormais autour de 80 000 € par an, avec des progressions salariales de 6 à 7 % en 2026, soit 7 à 8 fois la moyenne sectorielle.
Ensuite le cloud et l'infrastructure.
Les architectes cloud, les profils FinOps, les DevSecOps sont en tension structurelle.
Les responsables d'infrastructure confirmés atteignent eux aussi 80 000 € de rémunération annuelle.
Enfin la data et l'IA appliquée.
Numeum documente 12,5 % de gains de productivité attribuables à l'IA en 2025 dans les entreprises du numérique, et anticipe +17 % en 2026.
Les data engineers, ML engineers et profils hybrides technique/métier sont les premiers bénéficiaires de cette accélération.
À l'inverse, les profils dits "généralistes" (développement web standard, support N2/N3, administration système classique) ne profitent pas du rebond.
France Travail, dans son enquête Besoins en Main d'Œuvre 2026, observe que le secteur numérique recense 84 227 projets de recrutement, avec un taux de tension global de 49,5 %.
Mais les difficultés se concentrent sur les profils ingénieurs et chefs de projet, pas sur les profils techniques d'exécution.
Cette asymétrie, on la lit directement dans les briefs qu'on reçoit chez Zenith.
Une mission cyber, cloud ou SAP S/4HANA se signe désormais sur des cycles courts, parfois en quelques semaines, parce que les entreprises savent que la concurrence sur ces profils ne pardonne plus.
Un poste sur du support technique standard met beaucoup plus de temps à boucler, et les briefs eux-mêmes arrivent avec moins de pression.
Ce n'est pas la même demande, ce n'est pas le même marché.
3. Le télétravail recule, le présentiel partiel devient la norme
Une autre transformation que les prévisions de janvier sous-estimaient.
Fed IT confirme dans son baromètre 2026 que la majorité des entreprises favorisent désormais un rythme d'un à deux jours de télétravail par semaine.
Le full remote, qui dominait encore les offres IT au sortir de la période Covid, se rétracte nettement.
C'est un repositionnement qui inverse la dynamique de 2021-2023.
Le télétravail n'est plus l'argument différenciateur.
Il devient un acquis partiel, encadré, négocié au cas par cas. Pour un manager qui recrute, cela signifie que la flexibilité ne suffit plus à compenser un salaire moins compétitif.
Pour un candidat, cela signifie que le critère "100 % télétravail" élimine désormais une partie significative du marché plutôt que de l'ouvrir.
4. Mai 2026 vs janvier 2026 : ce qui ne s'est pas confirmé
Les prévisions optimistes du début d'année anticipaient une amélioration globale.
Elle est partielle.
France Travail observe que les difficultés de recrutement reculent statistiquement (43,8 % des projets jugés difficiles en 2026, contre 50,1 % en 2025), mais ce recul s'explique en grande partie par une diminution des projets sur les profils techniques d'exécution, pas par une augmentation des candidats disponibles sur les profils en tension.
Le marché IT français s'est donc redessiné en deux strates.
Une strate haute, où la pénurie est aussi forte qu'en 2023, avec des salaires en progression rapide et des cycles de recrutement courts.
Une strate basse, où la concurrence entre candidats s'intensifie et où les marges de négociation s'érodent.
Ces deux strates ne se rejoignent pas et ne se rejoindront probablement pas avant la fin de la décennie.
5. Ce que ça change pour toi à mi-2026
Pour un manager qui recrute, la fenêtre juin-juillet est la dernière avant la pause estivale et le retour des arbitrages budgétaires de septembre.
Sur les profils en tension (cyber, cloud, data), un poste qui n'est pas attaqué maintenant repartira en octobre avec un coût plus élevé.
La concurrence pour ces profils est nationale, parfois européenne.
Les cycles de recrutement s'allongent considérablement sur ces profils.
Chez Zenith, on observe que les missions architectes cybersécurité ou experts cloud demandent désormais plusieurs mois pour aboutir, là où des profils techniques standards se ferment en quelques semaines.
La pénurie ne se vit pas comme un concept macro, elle se vit comme une bataille de calendrier mission par mission.
Pour un consultant ou un freelance positionné sur les bonnes spécialités, c'est le moment où les TJM se renégocient en haut.
Les écarts entre profils premium et profils standards atteignent en 2026 des niveaux particulièrement marqués, et les revalorisations passent par des cycles courts (3-6 mois) plutôt que par des hausses annuelles.
Pour un profil généraliste, le message est plus dur.
Le marché ne se contractera pas mécaniquement, mais il continuera à se polariser.
La trajectoire qui sécurise, c'est la spécialisation visible (sur un module SAP, une certification cloud, une posture cybersécurité).
Une formation engagée en juin 2026 est un placement à 12-18 mois sur un marché qui récompense les spécialistes.
Conclusion
Le rebond du marché IT français en 2026 est réel, mais il ne ressemble pas à ce qu'on attendait.
Plus sélectif, plus polarisé, plus exigeant.
La photo de mi-année invite à arrêter de raisonner en termes de "reprise" et à commencer à raisonner en termes de positionnement : où tu es dans la nouvelle géographie du marché.
Sur le jobboard Zenith, les missions ouvertes en juin 2026 documentent exactement cette polarisation : cyber, cloud et SAP S/4HANA qui partent vite, profils ingénieurs et chefs de projet en tension permanente, généralistes qui doivent se repositionner pour rester compétitifs.
C'est la photo la plus directe de ce que les baromètres macro décrivent en abstrait.
Sources
- Apec, Prévisions de recrutements de cadres 2026, avril 2026
- Fed IT, Baromètre annuel 2026
- France Travail, Enquête Besoins en Main d'Œuvre 2026





