Le marché IT recrute...
Les chiffres le disent, on l'a documenté le mois dernier.
L'Apec prévoit 61 160 recrutements de cadres informaticiens en 2026, en hausse de 4 à 5 % sur un an.
Maintenant regarde la même donnée avec un autre filtre.
Pour les profils de moins de six ans d'expérience, la progression tombe à 1 %.
L'emploi des 15-29 ans dans le numérique a reculé de 7,4 % au quatrième trimestre 2025 par rapport au même trimestre de 2024.
Et pour les développeurs débutants de 22 à 25 ans, on compte environ 20 % de postes en moins depuis le pic de fin 2022.
Le marché ne s'est pas refermé.
Il s'est refermé pour ceux qui y entrent.
Ce n'est pas la même histoire, et j'ai l'impression que personne en parle.
1. Ce que les chiffres disent vraiment
La reprise 2026 est une reprise de seniors.
Les entreprises recrutent des profils confirmés sur la cybersécurité, le cloud, la data.
Elles ne reconstituent pas le bas de la pyramide.
La mécanique est simple à décrire.
Les tâches qui servaient traditionnellement de porte d'entrée dans le métier, le ticket simple, le test unitaire, la doc, le script de migration, le support N1 amélioré, sont précisément celles que les outils d'IA absorbent le mieux.
Une équipe de cinq seniors outillés produit aujourd'hui ce que produisaient cinq seniors et trois juniors il y a quatre ans.
Le calcul du manager est rationnel à l'échelle d'un trimestre.
Un junior coûte un salaire plein, demande six mois de montée en charge, et mobilise du temps de senior pour l'encadrer.
L'IA coûte un abonnement et répond tout de suite.
Rationnel à l'échelle d'un trimestre.
Et pourtant, c'est exactement là que le raisonnement se fissure.
2. Le problème du manager qui ne recrute plus de juniors
Pose-toi la question en la retournant : d'où viendront tes seniors de 2030 ?
Un senior, par définition, est un ancien junior que quelqu'un a formé.
Si tout un marché arrête simultanément de former, le stock de seniors disponibles dans cinq ans est déjà écrit.
Il sera insuffisant, et son prix sera en conséquence.
La pénurie de profils confirmés que tout le monde subit en 2026 est la conséquence directe des sous-recrutements de 2009 et de 2020.
On connaît le film, on l'a déjà vu deux fois, et on est en train de tourner le troisième.
Il y a un nom pour ça en économie : le passager clandestin.
Chaque entreprise espère que les autres formeront les juniors à sa place, pour récupérer des confirmés plus tard.
Quand tout le monde fait ce pari en même temps, personne ne paie, et le système se vide.
Ce qui se joue n'est pas un arbitrage RH.
C'est une dette de compétences que le marché contracte collectivement, avec intérêts à cinq ans.
3. Et côté junior : comment exister sur un marché qui ne t'achète plus
Si tu débutes dans l'IT en 2026, le constat est rude mais il vaut mieux le regarder en face : le marché n'achète plus ton exécution.
L'IA exécute plus vite que toi, pour moins cher.
Ce que le marché peut encore t'acheter, c'est tout le reste.
Et le reste, ça se construit.
La spécialisation précoce d'abord.
Le junior généraliste concurrence l'IA frontalement.
Le junior qui a creusé un domaine précis, un module SAP, une stack cyber, un écosystème data, concurrence les autres candidats, ce qui est un combat nettement plus gagnable.
La preuve ensuite. Un diplôme dit que tu as appris. Un projet livré, une contribution visible, une alternance documentée disent que tu sais faire dans le réel. Sur un marché frileux, la preuve bat le potentiel.
L'IA elle-même enfin. Le junior qui maîtrise les outils qui le menacent inverse partiellement le rapport de force. Tu ne seras pas recruté pour faire ce que l'IA fait. Tu peux l'être pour la piloter sur les tâches qu'un senior n'a pas le temps de superviser.
Et un conseil d'expérience : vise les entreprises qui forment encore.
Elles existent, elles sont identifiables à leurs programmes d'alternance, à leur taux de conversion de stages, à la présence de juniors récents dans leurs équipes.
Une entreprise qui a arrêté de former ne fera pas une exception pour toi.
4. Ce qu'on en pense chez Zenith
On place des profils IT depuis 2020, et la déformation du marché se lit dans nos briefs.
Les demandes clients portent quasi exclusivement sur du confirmé et du senior.
Le brief junior est devenu une exception.
On ne va pas faire semblant de pouvoir inverser une tendance de marché.
Mais on peut dire à nos clients ce qu'on écrit ici : le profil confirmé que tu cherches partout en 2026 et que tu paies au prix fort, c'est le junior que personne n'a recruté en 2021.
La boucle est exactement celle-là, et chaque brief 100 % senior la referme un peu plus.
Recruter un junior en 2026 n'est pas un acte de charité.
C'est un achat à terme sur un marché dont les prix montent.
Conclusion
L'IA n'a pas supprimé le métier de développeur, ni celui d'admin, ni celui de data engineer.
Elle a supprimé l'escalier qui permettait d'y monter.
Le marché s'en rendra compte au moment où il cherchera l'étage du dessus.
D'ici là, deux lectures.
Si tu es junior : le marché ne t'attend pas, construis la preuve et la spécialisation qui te rendent achetable.
Si tu recrutes : regarde ta pyramide d'équipe, et demande-toi si elle tient encore debout en 2030.
Sources
- Apec, Prévisions de recrutements de cadres 2026, avril 2026
- Le Monde Informatique, L'IA impacte le recrutement IT des jeunes et les salaires
- ChannelNews, L'adoption de l'IA freine le recrutement des profils junior dans l'IT





