D'ici 2028, un profil de candidat sur quatre dans le monde pourrait être faux. La prévision vient de Gartner. Elle paraît excessive, jusqu'à ce qu'on regarde ce qui se passe déjà.
Et les réseaux les mieux organisés visent précisément les postes informatiques en télétravail.
Ce n'est plus une histoire isolée
Depuis, les signaux se sont accumulés. Amazon indique avoir bloqué plus de 1 800 candidatures suspectes liées à la Corée du Nord depuis avril 2024, avec une hausse de 27 % d'un trimestre à l'autre en 2025.
L'éditeur Okta a relié ces réseaux à plus de 6 500 entretiens d'embauche dans plus de 5 000 entreprises, en cumulé jusqu'à l'été 2025.
La France n'est pas à l'écart. Le 31 juillet 2026, dix pays, dont tous les membres du G7, ont publié une alerte commune.
Elle décrit des informaticiens qui se font passer pour d'autres nationalités et décrochent des contrats via des plateformes de recrutement et de prestation, en s'appuyant de plus en plus sur des intermédiaires.
Réduire le sujet à un seul pays serait pourtant une erreur. Dans une enquête Gartner menée auprès de 3 000 candidats, 6 % reconnaissent avoir triché en entretien, en se faisant passer pour quelqu'un d'autre ou en laissant une autre personne répondre à leur place.
Le cabinet estime que d'ici 2028, un profil de candidat sur quatre dans le monde pourrait être faux.
Le recrutement IT moderne est le terrain de jeu idéal
Ce qui rend la fraude possible, ce n'est pas la naïveté des recruteurs. C'est l'efficacité de nos processus.
Des entretiens entièrement à distance. Des missions en télétravail. Des freelances qui démarrent en quelques jours. Des chaînes d'intermédiaires où chacun suppose que le précédent a vérifié.
Tout ce qui a rendu le recrutement tech plus rapide a aussi supprimé les moments où l'on rencontrait vraiment quelqu'un.
L'IA a fait le reste. Une photo se retouche en quelques secondes. Une voix se clone. Pendant un entretien technique, une réponse peut être soufflée par un outil placé hors du champ de la caméra.
Un dossier vérifié n'est pas une personne vérifiée
La leçon la plus utile de l'affaire KnowBe4 est presque ironique. Les contrôles ont fonctionné. Ils ont simplement validé une identité bien réelle, qui appartenait à quelqu'un d'autre.
Un diplôme existe. Un ancien employeur existe. Un numéro de sécurité sociale existe. Rien de tout cela ne prouve que la personne à l'écran est bien celle du dossier.
Les équipes sécurité connaissent déjà ce raisonnement. C'est le principe du zero trust, qui consiste à ne plus considérer quelqu'un comme fiable parce qu'il a franchi une porte une fois.
Le recrutement est en train d'apprendre la même chose, un peu plus tard que les autres.
Ce qui protège encore n'a rien de sophistiqué
La première protection est vieille comme le recrutement. Une rencontre en personne, au moins une fois. Selon le Wall Street Journal, des entreprises comme Cisco, McKinsey ou Google réintroduisent des entretiens en face à face pour cette raison.
Pour une mission en télétravail, une première journée dans les locaux suffit souvent à lever le doute.
La deuxième, c'est la cohérence. Le nom, la photo, la voix et les documents doivent rester les mêmes à chaque étape, du premier appel à la signature. Les fraudes se trahissent souvent dans les détails.
Un numéro de téléphone au format inhabituel, un parcours scolaire qui ne colle pas, une adresse de livraison du matériel différente de celle des papiers d'identité.
La troisième, ce sont les références. KnowBe4 avait vérifié les siennes, ce qui montre qu'il ne suffit pas d'appeler un numéro. Une référence n'a de valeur que si l'on s'assure que la personne qui répond est bien celle qu'elle prétend être.
C'est pour cela que chez Zenith RH, les références sont recueillies avec l'accord du candidat, via une adresse électronique professionnelle et avec une vérification d'identité, comme nous l'expliquions dans notre article sur la prise de références.
La dernière se joue après l'arrivée. Des accès limités pendant les premières semaines, du matériel envoyé uniquement à une adresse vérifiée, et une attention particulière aux premiers jours d'activité. C'est exactement ce qui a permis à KnowBe4 de réagir en 25 minutes.
La vitesse reste un atout, à condition que quelqu'un vérifie
La réponse n'est pas de tout ralentir. Présenter un profil en quelques heures reste précieux quand un projet attend. Mais la rapidité n'a de valeur que si quelqu'un, quelque part dans la chaîne, a réellement vérifié qui est la personne.
Dans un marché où les intermédiaires se multiplient, cette responsabilité ne peut plus rester implicite. Chacun doit savoir qui vérifie quoi, et à quel moment.
Le doute devient une compétence
Pendant des années, un recruteur se posait une seule question. Cette personne sait faire le travail, ou pas ?
Il faut désormais en ajouter une seconde, plus inconfortable. Cette personne est bien celle qu'elle prétend être ?
Ce n'est pas de la méfiance envers les candidats, qui sont dans leur immense majorité exactement ce qu'ils annoncent. C'est simplement la nouvelle condition d'un recrutement à distance qui fonctionne.
Si vous recrutez des profils tech en télétravail et souhaitez faire le point sur vos étapes de vérification, nos consultants peuvent en parler avec vous.
Sources
- KnowBe4, How a North Korean Fake IT Worker Tried to Infiltrate Us, 23 juillet 2024.
- Gartner, enquête auprès de 3 000 candidats et prévisions sur la fraude au recrutement, 2025.
- Axios, Companies embrace in-person interviews to dodge the chatbots, d'après The Wall Street Journal





